Juin 2008

Hausse du niveau de la mer et changement climatique

par John Church*

line

Cet article a déjà été publié dans la Déclaration de l'OMM sur l'état du climat mondial en 2007 (OMM-No. 1031)

Le niveau de la mer a continué de monter en 2006 et 2007. Les mesures faites par satellite révèlent que depuis 1993, le rythme de cette augmentation, moyenné à l’échelle du globe, est d’environ 3 mm par an, soit nettement plus que la moyenne annuelle de 1,7 mm calculée pour l’ensemble du XXe siècle et déduite de mesures effectuées le long des côtes.

mangrove
Ces mesures révèlent que le niveau moyen de la mer en 2006/2007 est supérieur de quelque 200 mm à celui de 1870, et que depuis cette date, le rythme de l’augmentation s’est nettement accéléré. Il ressort des deux jeux de données de référence que le rythme de l’augmentation du niveau de la mer varie d’une année sur l’autre. Son accélération durant la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe siècle est confirmée par les quelques mesures du niveau de la mer effectuées directement le long des côtes pendant cette période, ainsi que par des estimations faites à partir de carottes de sédiments prélevées dans diverses régions du monde.

Cette évolution est également corroborée par des marques taillées dans le roc en Tasmanie en 1840 signalant le niveau de la mer et par d’autres éléments tels que le niveau auquel se trouvent les bassins piscicoles utilisés jadis par les Romains.

Toutes ces indications donnent à penser qu’en moyenne, le niveau de la mer n’a guère évolué entre le Ier et le XIXe siècle et que le rythme de la hausse au XXe siècle est anormal si l’on se réfère à l’holocène récent.

Les principaux facteurs influant sur le niveau de la mer depuis le début du XXe siècle sont les suivants:

  • Expansion thermique des océans (l’eau se dilate au fur et à mesure qu’elle se réchauffe);
  • Apport de masse dans les océans du fait de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires dans des régions telles que l’Himalaya, l’Alaska et la Patagonie;
  • Échange de masse avec les inlandsis de l’Antarctique et du Groenland;
  • Échange de masse avec les eaux continentales (eaux souterraines, aquifères, lacs et réservoirs).

Depuis 1960, la hausse du niveau de la mer est due essentiellement à l’expansion thermique des océans et à la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, et notamment à la fonte accélérée, en surface, de l’inlandsis groenlandais. Cette situation est directement liée à l’évolution récente du climat.

Toutefois, ces dix dernières années, il semblerait que l’écoulement des glaciers issus des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique occidental joue un rôle accru dans l’élévation du niveau de la mer. S’il s’agit bel et bien du signe d’une accélération liée au réchauffement planétaire, la situation serait
fort préoccupante dans la mesure où ces
masses de glace contiennent assez d’eau pour entraîner une hausse du niveau de la mer de
7 m dans le premier cas et de 6 m dans le second. En outre, la dynamique de ce phénomène pourrait entraîner une hausse du niveau de la mer beaucoup plus rapide que si la fonte des glaces ne se produisait qu’en surface.

On assistera à la fois à une hausse du niveau moyen de la mer et à une augmentation de la des variations extrêmes du niveau des océans (ondes de tempête, par exemple). Parmi les conséquences à redouter figurent l’augmentation de la gravité et de la fréquence des inondations dans les basses zones littorales, l’érosion des côtes et les dommages causés aux infrastructures et à l’environnement, notamment aux terres humides, aux zones intertidales et aux mangroves, ainsi que de graves répercussions sur la diversité biologique et le fonctionnement des écosystèmes. Des millions de personnes vivant dans des régions de faible altitude, par exemple au Bangladesh, dans le delta du Mékong ou sur des îles comme Tuvalu, dans le Pacifique, devront faire face à cette situation pendant de nombreuses décennies à venir.
  reef

L’amélioration des projections concernant la hausse du niveau de la mer permettra de rationaliser l’aménagement des zones côtières. Parmi les mesures d’adaptation, on peut citer le renforcement des règlements de construction, la limitation des zones constructibles et la conception d’infrastructures plus résistantes aux inondations.

Programme de recherche marine et atmosphérique de la CSIRO (Australie) et Président du Comité scientifique mixte pour le PMRC ( Programme mondial de recherche sur le climat)

back to top

 

 

 

 

 

 

Version condensée
  cover 
  Français


Rubriques
  Dans les nouvelles
  Vient de paraître

Archives MétéoMonde
 
 
Contact: Éditrice MétéoMonde - WMO ©2008 Genève, Suisse

 

 

.