Décembre 2007

Le climat mondial en 2007

Parmi les phénomènes climatiques majeurs observés à ce jour en 2007 figurent la diminution record de l'étendue de la banquise de l'Arctique, qui s'est traduite par l'ouverture, pour la première fois dans l'histoire, du passage du Nord-Ouest canadien, le trou dans la couche d'ozone au dessus de l'Antarctique, relativement peu étendu, le développement d'un épisode La Niña dans le centre et l'est du Pacifique équatorial ainsi que des inondations, sécheresses et tempêtes dévastatrices dans de nombreuses régions du monde.

Les informations préliminaires dont on dispose pour 2007 reposent sur les observations climatologiques effectuées jusqu'à fin novembre par des réseaux de stations météorologiques terrestres, de navires et de bouées ainsi que par des satellites. Les données sont recueillies et diffusées en permanence par les Services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN) des 188 Membres de l'OMM et plusieurs instituts de recherche collaborent avec eux.

La décennie 1998-2007 est la plus chaude jamais enregistrée. La température moyenne à la surface du globe en 2007 présente actuellement une anomalie positive estimée à 0,41°C/0,74°F par rapport à la normale calculée pour la période 1961-1990 (14°C/57,2°F).

Les analyses de la température à l'échelle du globe réalisées par l'OMM reposent sur deux sources distinctes. La première est le jeu de données combiné provenant du Centre Hadley du Service météorologique national du Royaume-Uni et de la Section de recherche sur le climat de l'Université d'East Anglia (Royaume-Uni), selon lequel l'année 2007 se place à ce stade au septième rang des années les plus chaudes. La seconde est le jeu de données tenu à jour par l'Administration américaine pour les océans et l'atmosphère (NOAA), qui relève du Ministère du commerce des États-Unis d'Amérique, selon lequel 2007 devrait occuper le cinquième rang.

La température moyenne à la surface du globe a accusé une hausse de 0,74°C depuis le début du XXe siècle, mais cette progression n'a pas été continue. Sur les 50 dernières années, le rythme moyen du réchauffement (0,13°C par décennie) est presque le double de celui calculé pour le siècle écoulé.

D'après le quatrième rapport d'évaluation (synthèse) du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat paru en 2007, «le réchauffement du climat ne fait aucun doute et est désormais attesté par l'augmentation observée des températures moyennes de l'air et de l'océan, la fonte généralisée de la neige et de la glace et l'augmentation du niveau moyen de la mer.»

Calculées séparément, les températures moyennes en surface dans l'hémisphère Nord (0,63°C au-dessus de la moyenne sur 30 ans (1961-1990) qui est de 14,6°C/58,3°F) et dans l'hémisphère Sud (0,20°C au-dessus de la moyenne qui est de 13,4°C/56,1°F), en 2007, devraient occuper respectivement le deuxième et le neuvième rangs des températures les plus élevées depuis le début des mesures instrumentales, en 1850.

À l'échelle du globe, janvier 2007 a été le mois de janvier le plus chaud jamais enregistré: la température moyenne a atteint 12,7°C/54,9°F alors que la normale calculée sur la période 1961 1990 est de 12,1°C/53,8°F.

Les chiffres définitifs relatifs à 2007 seront publiés en mars 2008 dans l'Etat du climat mondial, brochure annuelle de l'OMM.

Disparités régionales

  garcons

Le début de l'année 2007 a été marqué par des anomalies thermiques record un peu partout dans le monde. Certaines régions d'Europe ont connu un hiver et un printemps parmi les plus cléments de leur histoire, les températures moyennes de janvier et d'avril étant supérieures de plus de 4°C à la normale pour ces mois.

Des températures torrides ont sévi dans une grande partie de l'Australie-Occidentale entre début janvier et début mars, celles de février dépassant de plus de 5°C la moyenne.

En juin et juillet, deux vagues de chaleur extrême ont frappé le sud-est de l'Europe, où les maxima quotidiens, qui étaient supérieurs à 40°C/104°F et ont atteint 45°C/113°F en Bulgarie, ont pulvérisé les précédents records. Des dizaines de personnes sont décédées et les pompiers ont combattu les brasiers qui ont ravagé des milliers d'hectares. Une forte vague de chaleur a également sévi durant une bonne partie du mois d'août dans le sud des États-Unis d'Amérique, faisant plus de 50 victimes. Les mois d'août et de septembre 2007 ont été extrêmement chauds dans certaines régions du Japon, le maximum absolu de 40,9°C/105,6°F enregistré le 16 août constituant un nouveau record national.

En revanche, l'Australie a connu son mois de juin le plus froid de son histoire, la température moyenne de ce mois étant inférieure de 1,5°C à la normale. L'Amérique du Sud a connu pour sa part, entre juin et août, un hiver inhabituellement rigoureux: des blizzards et des chutes de neige exceptionnelles se sont abattus sur plusieurs provinces, la température chutant jusqu'à – 22°C/ – 7,60 F en Argentine et – 18°C/– 0,4°F au Chili au début du mois de juillet.

Sécheresses persistantes

Une sécheresse grave à extrême a sévi une grande partie de l'année dans de vastes secteurs du nord du Midwest et de l'ouest des États-Unis d'Amérique et aussi dans le sud de l'Ontario (Canada). La sécheresse a aussi sévi entre août et décembre dans la majeure partie du sud-est des États-Unis d'Amérique, mais des pluies abondantes y ont mis un terme dans les plaines du Sud.

L'Australie a été moins durement touchée par la sécheresse qu'en 2006, mais une grave pénurie d'eau a persisté en maints endroits. Les zones densément peuplées et les grandes régions agricoles ont connu des précipitations déficitaires qui ont entraîné des pertes de récoltes et de bétail importantes et des restrictions d'eau dans la plupart des grandes villes.

  secheresse

La Chine a connu sa pire sécheresse des dix dernières années: 40 millions d'hectares de terres agricoles ont été touchés et des dizaines de millions de personnes ont dû faire face à des restrictions d'eau.

Inondations et tempêtes violentes

  inondation

Des inondations ont frappé de nombreux pays africains en 2007. En février, le Mozambique a connu les pires inondations des six dernières années, inondations qui ont fait des dizaines de victimes, détruit des milliers de foyers et noyé 80 000 hectares de cultures dans la vallée du Zambèze.

Au Soudan, des pluies torrentielles ont provoqué des crues éclair dans de nombreuses régions en juin et juillet: plus de 410 000 personnes ont été touchées dont 200 000 se sont retrouvées sans abri. La forte mousson du sud-ouest s'est traduite, de juillet à septembre, par l'une des saisons des pluies les plus arrosées qu'ait connues cette région et a déclenché des crues éclair généralisées dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale ainsi que dans la région de la Corne de l'Afrique. Environ 1,5 million de personnes ont été touchées et des centaines de milliers de foyers ont été détruits.

Les pluies qui se sont abattues en janvier et février sur la Bolivie ont touché près de 200 000 personnes et noyé 70 000 hectares de terres cultivables. De fortes tempêtes accompagnées de pluies abondantes ont entraîné des inondations de très grande ampleur dans les régions du littoral argentin à la fin du mois de mars et au début du mois d'avril. Début mai, des pluies abondantes ont entraîné en Uruguay les pires inondations que ce pays ait connues depuis 1959, inondations qui ont touché plus de 110 000 personnes et sérieusement endommagé cultures et bâtiments. Provoquées par des orages, les inondations massives qui ont frappé le Mexique au début du mois de novembre ont détruit les foyers de plus de 500 000 personnes et mis à mal l'industrie pétrolière nationale.

En Indonésie, les inondations massives qui ont frappé Java au début du mois de février ont fait des dizaines de victimes et noyé sous des mètres d'eau (jusqu'à 3,7 m) la moitié de la ville de Djakarta. Les fortes pluies de juin ont ravagé certaines régions du sud de la Chine, où les inondations et les glissements de terrain ont touché plus de 13,5 millions de personnes et en ont tué plus de 120. Par ailleurs, de nombreux épisodes de précipitations extrêmes liés à la mousson ont entraîné les pires inondations que certaines régions d'Asie méridionale aient connues depuis plusieurs années. Environ 25 millions de personnes ont été touchées, notamment en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et au Népal et des milliers ont perdu la vie. Toutefois, en Inde, les précipitations liées à la mousson d'été (juin à septembre) sont restées dans l'ensemble proches de la normale (105% de la moyenne à long terme), même si elles étaient très inégalement réparties dans l'espace et le temps.

Les 17 et 18 janvier 2007, un puissant système dépressionnaire, Kyrill, a déversé des pluies torrentielles sur une grande partie de l'Europe du Nord où les vents ont soufflé jusqu'à 170 km/h. Au moins 47 personnes ont trouvé la mort et les coupures de courant ont concerné des dizaines de millions de personnes durant la tempête.

L'Angleterre et le pays de Galles ont connu leurs mois de mai à juillet les plus arrosés depuis que les observations ont débuté, en 1766; la hauteur totale de pluie s'est élevée à 415 mm, pulvérisant le précédent record – 349 mm – qui remonte à 1789. Des inondations de grande ampleur ont fait neuf victimes et causé plus de 6 milliards de dollars de dégâts.

Développement d'un épisode La Niña

Les manifestations du bref épisode El Niño de fin 2006 se sont rapidement dissipées en janvier 2007, et des conditions caractéristiques d'un épisode La Niña se sont véritablement instaurées dans le centre et l'est du Pacifique équatorial durant le second semestre de 2007.

On a relevé par ailleurs une configuration inhabituelle des températures de surface de la mer, marquée par des valeurs inférieures à la normale dans l'océan Indien, au large des côtes du nord de l'Australie, et supérieures à la normale dans l'ouest dudit océan. On attribue à cette situation les manifestations atypiques du phénomène La Niña constatées dans certaines régions du monde.

L'actuel épisode La Niña devrait persister au moins jusqu'au premier trimestre de 2008.

 

Cyclones tropicaux dévastateurs

 

sidr

  Cyclone tropical Sidr

Un total de 24 tempêtes tropicales ayant reçu un nom se sont formées en 2007 dans le Pacifique Nord-Ouest, soit un chiffre inférieur à la moyenne annuelle qui est de 27. Quatorze de ces systèmes dépressionnaires – le même nombre que la moyenne – entraient dans la catégorie des typhons. Les dépressions tropicales ont touché des millions de personnes dans le sud-est asiatique, les typhons Pabuk, Krosa et Lekima et la tempête tropicale Peipah faisant partie des plus violentes.

Quatorze tempêtes baptisées, contre une moyenne de douze, se sont formées au-dessus de l'Atlantique durant la saison cyclonique de 2007; six étaient classées dans la catégorie des ouragans, la moyenne annuelle étant elle aussi de six. Pour la première fois depuis 1886, deux ouragans de catégorie 5 (Dean et Felix) ont touché terre durant la même saison cyclonique. La tempête tropicale Olga s’est formée en décembre, après la fin officielle de la saison des ouragans de l’Atlantique. Il s’agit seulement de la 10e tempête baptisée à se développer au mois de décembre depuis que les enregistrements existent (1851).

En février, le cyclone tropical Gamède a noyé l'île française de La Réunion sous des pluies diluviennes: 3929 mm en trois jours, ce qui constitue un nouveau record mondial de précipitations.

En juin, le cyclone Gonu a atteint les côtes du sultanat d'Oman où plus de 20 000 personnes ont été touchées et plus de 50 ont péri, avant de frapper la République islamique d'Iran. Le pays n'avait pas connu de cyclone tropical depuis 1945.

Le 15 novembre, le cyclone tropical Sidr a touché terre au Bangladesh, s'accompagnant de pluies torrentielles et de vents pouvant atteindre 240 km/h. Plus de 8,5 millions de personnes ont été touchées dont plus de 3 000 ont trouvé la mort. Près de 1,5 million d'habitations ont été endommagées ou détruites. Souvent touché par des cyclones, le Bangladesh a développé un réseau d’abris anti-cycloniques et un système d’alerte précoce aux tempêtes qui, selon les autorités, ont significativement réduit le bilan des victimes.

La saison cyclonique 2006/07 en Australie a été inhabituellement calme: seuls cinq cyclones tropicaux ont été observés, soit le chiffre le plus bas qui ait été répertorié depuis au moins 63 ans.

Trou d'ozone relativement peu étendu au-dessus de l'Antarctique

En 2007, le trou dans la couche d'ozone au-dessus de l'Antarctique était relativement peu étendu, situation imputable à la clémence des températures hivernales dans la stratosphère. Depuis 1998, seuls les trous de 2002 et de 2004 étaient plus petits. Celui de 2007 a atteint une superficie maximale de 25 millions de km2 à la mi-septembre, contre 29 millions en 2000 et 2006, années records. La déperdition totale de l'ozone a atteint 28 mégatonnes le 23 septembre, contre plus de 40 mégatonnes en 2006, l'année du déficit record.

Diminution de l'étendue la banquise de l'Arctique et ouverture du passage du Nord-Ouest

  sea ice

À l'issue de la saison de la fonte des glaces de l'Arctique, qui s'achève chaque année en septembre à la fin de l'été boréal, l'étendue moyenne de la banquise était de 4,28 millions de km2, soit la plus faible jamais observée. L'étendue de la banquise en septembre 2007 était inférieure de 39% à la moyenne calculée pour la période 1979-2000 et de 23% inférieure à celle de septembre 2005, l'année du record précédent.

Pour la première fois de l'histoire, la disparition partielle des glaces dans l'océan Arctique a ouvert le passage du Nord-Ouest canadien pendant environ cinq semaines à partir du 11 août. Près de 100 navires ont pu emprunter ce passage sans risquer d'être bloqués par les glaces. Aujourd'hui, l'étendue de la banquise permanente telle qu'elle est mesurée en septembre diminue d'environ 10% par décennie depuis 1979, soit 72 000 km2 par année.

Poursuite de la hausse du niveau de la mer

Le niveau de la mer a continué de monter à un rythme bien supérieur à la moyenne calculée pour le XXe siècle, qui est d'environ 1,7 mm par an. Il a augmenté d'environ 20 cm depuis 1870, et les mesures faites par satellite révèlent que depuis 1993, le rythme de cette augmentation, moyenné à l'échelle du globe, est d'environ 3 mm par an.

Sources d'information

Centre Hadley du Service météorologique national et Section de recherche sur le climat de l'Université d'East Anglia, Royaume-Uni, et aux Etats-Unis: Centre national de données climatologiques relevant de la NOAA, Service national d'information, de données et de satellites pour l'étude de l'environnement, Centre national de données sur la neige et la glace et Service météorologique national relevant de la NOAA. Ont également collaboré l'Allemagne, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, les Fidji, la France, l'Inde, l'Islande, le Japon, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, la Suède et la Tunisie, ainsi que le Centre africain pour les applications de la météorologie au développement (ACMAD, Niamey), l'Organisation de la recherche scientifique et industrielle du Commonwealth (CSIRO), le Centre international de recherche sur le phénomène El Niño (CIIFEN, Guayaquil), le Centre de prévision et d'applications climatologiques relevant de l'IGAD (ICPAC, Nairobi), le Centre de suivi de la sécheresse relevant de la SADC (DMC, Gaborone) et le Programme mondial de recherche sur le climat (PMRC).

 

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