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Juin 2007 Téléchargements & liens

Interview de Mike Horn

Mike Horn

Mike Horn, l'athlétique explorateur et aventurier de l'extrême d'origine sud-africaine a déjà accompli bien des exploits. Il s'apprête cependant à ouvrir un nouveau chapitre de l'Histoire des explorations. Fin mars 2008, en effet, il prendra le départ d'une nouvelle expédition sans assistance motorisée: le tour du monde à travers les terres et les mers des sept continents en passant par les pôles.

Mike Horn était l'invité d'honneur de la Journée météorologique mondiale 2007 récemment célébrée au siège de l'OMM et qui, cette année, avait pour thème "Météorologie polaire: étude des incidences planétaires" (voir l'édition d'avril 2007 de MétéoMonde). A cette occasion, il a bien voulu répondre à quelques questions relatives aux mesures à prendre pour minimiser l'impact des changements météorologiques et climatiques dans les régions polaires.

Lors de vos expéditions polaires accomplies dans des conditions extrêmes, quel type d'outils météorologiques employez-vous?

Afin de me faire une idée de ce qui m'attend sur le terrain, j'étudie avant tout avec soin les archives des bulletins météorologiques de la région vers laquelle je me dirige et que j'entends traverser. J'examine aussi, naturellement, les prévisions en cours, en particulier celles concernant l'état de la glace. Comme matériel, j'emporte des anémomètres, des baromètres et des thermomètres afin de pouvoir mesurer le vent, l'humidité et la température.

Les prévisions météorologiques y jouent-elles un rôle important? Avez-vous jamais eu la vie sauve grâce à des prévisions météorologiques?

Les prévisions météorologiques constituent un outil essentiel de la planification de mes expéditions polaires - en cours de route, c'est sur la base des prévisions et des alertes météorologiques que me fournit mon équipe logistique que je choisis mon itinéraire et arrête mes ultimes décisions. Certaines prévisions m'ont conduit à radicalement reconsidérer mes dates de départ ou mes itinéraires.

Comment vous procurez- vous ces données météorologiques en cours de route, et en quoi peuvent- elles vous inciter à modifier votre itinéraire?

En cours de route, je reçois les archives des bulletins météorologiques par téléphone satellite. Mon itinéraire hebdomadaire est plus ou moins fonction de ce que j'y découvre.

Les régions polaires disposent d'un nombre restreint de stations météorologiques terrestres. D'après votre expérience, cela affecte-t-il l'exactitude de certaines prévisions?

Oui, il est arrivé que des prévisions erronées me compliquent la tâche, en particulier lorsque l'erreur portait sur l'heure de déclenchement d'une tempête. Mais il faut savoir faire preuve de bon sens et prendre des risques calculés sans se fier aveuglément aux prévisions météorologiques.

Arktos

 

Au cours de vos expéditions, aimeriez-vous disposer de services météorologiques supplémentaires?

J'aimerais être en mesure de déterminer ma position avec précision et avoir accès à des prévisions plus localisées. Les données météorologiques constituent un élément essentiel de la planification de mes expéditions et leur exactitude est gage de sécurité.

En 2006, votre compagnon norvégien Borge Ousland et vous-même avez été les premiers explorateurs à atteindre le Pôle Nord en plein hiver sans chiens ni assistance motorisée. Quelles sont les conditions météorologiques extrêmes que vous y avez rencontrées?

Au début de notre expédition, la température était beaucoup plus élevée que prévu, ce qui a retardé notre progression, car l'état de la glace était inapproprié. A mi-chemin, en revanche, la température a chuté jusqu'à - 40°, niveau qu'elle a conservé beaucoup plus longtemps que prévu. Lors de notre expédition hivernale vers le Pôle Nord, les obstacles auxquels nous nous sommes quotidiennement heurtés étaient les blocs de glace brisée et le blizzard, c'est-à-dire des vents violents accompagnés de rafales de neige.

Au cours de vos récentes expéditions, avez-vous constaté de visu l'impact du changement climatique sur les régions polaires? Si tel est le cas, quelle en est l'ampleur?

Nous avons constaté un peu partout un retard dans la formation de la glace, la fonte du permafrost, l'érosion du sol, et une intensification de l'enneigement. Nous avons aussi observé une transformation des habitudes de nidification des oiseaux et il m'est arrivé de voir aussi bien des ours polaires égarés sur les plages que des grizzlys errant dans des zones polaires.

A votre avis, ces transformations sont-elles irréversibles?

Dans certains cas, je crois en effet que l'on a atteint le point de non retour, mais je crois aussi que nous avons le pouvoir de ralentir ce processus à condition d'œuvrer tous ensemble à la protection de la planète en faveur des générations futures.

Votre prochaine expédition vous mènera tout autour de la planète. C'est la première fois que vous passerez par le Pôle Sud. Comment vous y préparez-vous sur le plan de la météorologie?

J'étudie actuellement en détail les modèles climatiques du monde entier, ainsi que tous les dérèglements du temps connus à ce jour.

Vous fiez-vous aussi aux connaissances traditionnelles sur le temps et le climat?

Oui, assurément. Pour m'orienter et préparer mes étapes, je tiens compte du soleil, de la neige, du vent, des étoiles, ainsi que du comportement des animaux.

Comment envisagez-vous l’avenir des régions polaires? Que faut-il faire pour améliorer nos connaissances et la fiabilité des prévisions météorologiques de ces zones?

L'avenir des régions polaires est déterminant pour le reste de la planète. Parler des effets négatifs du changement climatique ne suffit plus. Il est grand temps de passer à l'action. Désormais, chaque jour qui passe sans que la moindre initiative ne soit prise pour freiner ce processus ne fait qu'aggraver les problèmes qu'il nous faudra résoudre plus tard.

Que pouvons-nous faire concrètement pour protéger notre environnement?

Il faut cesser de ressasser la notion négative de réchauffement climatique et faire plutôt comprendre aux jeunes qu'il est essentiel de respecter la beauté de la terre. Dans le monde entier et à tous les niveaux - de l'école au gouvernement - il faut dès maintenant susciter l'active participation de chacun à des initiatives de protection de l'environnement. Ce n'est qu'en œuvrant collectivement à la concrétisation d'objectifs communs que nous parviendrons à freiner le réchauffement climatique et à en modérer la virulence. Chacun d'entre nous peut agir à sa propre échelle. Il ne tient qu'à nous de choisir le mode de vie le plus approprié à la situation. Il ne tient qu'à nous de contribuer à résoudre le problème, ou au contraire à l'aggraver.

Nous devons tous participer à des projets concrets, tels que le recyclage, ou encore à des initiatives globales, telles que celles visant à nettoyer les océans. Dans chacun des aspects de notre vie quotidienne, tant chez nous que sur notre lieu de travail, la durabilité doit être notre priorité.

Notre objectif doit être, d'une part, d'instiller dans l'esprit des jeunes générations le désir de changer ce qui a besoin d'être changé, et, d'autre part, de leur donner les outils nécessaires à élaborer des solutions durables pour la préservation de notre planète. Les enfants ont souvent des idées formidables qu'il conviendrait de prendre en compte car il est fort probable que c'est eux qui trouveront les remèdes dont notre planète a désespérément besoin.

On peut d'ores et déjà commencer par de modestes transformations de notre mode de vie, adopter par exemple le co-voiturage, qui permet réduire la production de gaz carbonique, éviter de gaspiller l'eau ou encore préserver les ressources naturelles en utilisant les sources d'énergie les plus appropriées à l'usage qu'on en fait.

Les possibilités sont innombrables. Il est temps de passer à l'action.

Nos enfants sont notre avenir. C'est la raison pour laquelle l'OMM entreprend des actions de sensibilisation des jeunes destinées non seulement à leur permettre d'améliorer leurs connaissances scientifiques mais aussi à leur donner l'occasion de les mettre en pratique. Vous prévoyez vous-même de faire participer des jeunes à votre prochaine expédition. Comment et dans quel but?

Ce sont en effet nos enfants qui dirigeront le monde de demain. Ils ont la capacité de promouvoir le changement. Je compte mettre à profit l'expérience accumulée au cours de mes précédentes explorations pour faire découvrir à un certain nombre d'entre eux à la fois la beauté de la nature et les outils dont ils auront besoin pour changer ce qui doit l'être. Cette expédition leur donnera l'occasion de rencontrer des scientifiques et des spécialistes de l'environnement, de constater de leurs propres yeux ce qui se produit sur le terrain et de participer concrètement à l'évaluation et à la mise en œuvre de projets de recherche.

Davantage d’informations sous: www.mikehorn.com

 

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