| January 2007
Evaluation des risques et des incertitudes agrométéorologiques dans le contexte de
par R.P. Motha* anet K.L. Menzie*
Introduction L’incertitude et le risque agrométéo- C’est précisément la reconnaissance de ce besoin d’informations exactes, fournies en temps voulu et disponibles à grande échelle, sur le rendement des cultures à l’échelle mondiale, qui est à l’origine de la création du World Agricultural Outlook Board (WAOB) au sein du Département de l’agriculture des États-Unis (USDA). Comptant une trentaine d’économistes et de météorologues, le WAOB est le point central de l’USDA pour le renseignement sur le marché agricole. C’est sous la direction du WAOB que des comités d’experts interagences élaborent les prévisions officielles de l’offre et de la demande et des prix des principaux produits de base agricoles. Parallèlement à cette fonction de prévision de l’offre et de la demande et des prix, la Joint Agricultural Weather Facility (JAWF) du WAOB coordonne les travaux relatifs à la météorologie, au climat et à la télédétection, entre les agences de l’USDA. Outre sa fonction de prévision de l’offre et de la demande de produits de base agricoles, la JAWF a la responsabilité opérationnelle de surveiller et d’analyser l’impact de la météorologie mondiale sur le rendement des cultures, affectant directement la qualité et la rapidité d’élaboration des prévisions du WAOB. Cette activité est menée conjointement par le WAOB/JAWF et le Service météorologique national relevant du Ministère du commerce des États-Unis. Les informations fournies par la JAWF constituent un élément unique au système de l’USDA, permettant d’estimer chaque mois l’offre et la demande à l’échelle mondiale. Chaque jour, des météorologues suivent l’évolution du temps qu’il fait à l’échelle du globe et interprètent son impact sur les cultures dans les principales régions agricoles du monde. Ces informations sont présentées aux analystes de l’USDA et constituent souvent la base des ajustements mensuels apportés aux estimations de l’offre et de la demande à l’échelle mondiale. Associant l’utilisation de technologies complexes à une bonne compréhension scientifique de la phénologie des cultures, la JAWF est capable de délivrer des alertes précoces sur des problèmes météorologiques naissants et des pénuries éventuelles de produits agricoles, même dans des régions du monde reculées. Ce type d’analyse permet à l’USDA de répondre au besoin impératif du marché qui demande des informations cohérentes et rapides, tout en apportant des avantages socio-économiques précieux grâce à une meilleure efficacité et à une réduction de l’impact du risque et de l’incertitude sur le système alimentaire mondial.
Évaluations agrométéorologiques mondiales – outils et analyse L’impact des conditions météorologiques sur la croissance et l’état des cultures et, enfin, sur la production et le prix des produits est parfaitement démontré. Par exemple, des précipitations opportunes et des températures de saison favorisent considérablement le rendement des cultures, qui se trouve en revanche réduit en cas de précipitations inopportunes et de températures extrêmes. Étant donné l’influence des conditions météorologiques sur la croissance et l’état des cultures, des météorologues du WAOB surveillent le temps qu’il fait partout dans le monde afin d’aider leurs collègues économistes à mieux prévoir, en temps voulu, les changements concernant les produits de base agricoles. Les météorologues du WAOB emploient diverses techniques de surveillance et d’analyse des conditions météorologiques mondiales. Les analyses de séries chronologiques sont utilisées fréquemment pour diagnostiquer les effets temporels et les effets cumulés des conditions météorologiques tout au long des différentes étapes de développement des cultures. Ces analyses permettent de déterminer la vulnérabilité des cultures aux phénomènes météorologiques extrêmes à des endroits précis ou dans des régions peu étendues. Des comparaisons analogues sont souvent utilisées pour recenser les similitudes entre des données météorologiques récentes et anciennes. Grâce à ces analyses, les météorologues peuvent estimer l’impact probable des conditions météorologiques sur le rendement des cultures en cours, en comparant les données actuelles à celles enregistrées auparavant dans des situations météorologiques identiques. Les analyses spatiales sont également utilisées pour réaliser régulièrement des graphiques et des analyses des données météorologiques selon des critères géographiquement importants. Ces critères peuvent être notamment les frontières politiques, le terrain ou les régions agricoles. Des météorologues du WAOB ont mis en œuvre un système d’information géographique pour surveiller les changements météorologiques dans les principales régions agricoles du monde. Ils ont développé des applications destinées à faciliter et à automatiser le traitement et l’affichage des données, améliorant les capacités des météorologues à identifier et à délimiter les régions agricoles suscitant l’intérêt. Les météorologues du WAOB préparent des évaluations agrométéorologiques en utilisant une série d’outils et de techniques logiciels. Bien que ces méthodes aient chacune leurs propres fonctionnalités et domaines d’application, elles entrent généralement toutes dans l’une des trois catégories indépendantes décrivant le type d’analyse réalisé: temporelle, analogique et/ou spatiale. Chacune de ces analyses est décrite ci-après. Les analyses de séries chronologiques sont fréquemment utilisées par les météorologues de la JAWF pour déterminer les effets temporels et cumulés des conditions météorologiques sur les cultures pendant la période de croissance. Dans le cycle de croissance d’une culture, l’analyse de séries chronologiques peut être utilisée pour évaluer l’impact d’un temps chaud ou froid sur les cultures et pour suivre la hauteur globale des précipitations dans une zone donnée. Par exemple, l’association de chaleur et de sécheresse pendant la période de floraison mâle et de floraison femelle pour le maïs, période extrêmement sensible au temps qu’il fait, réduit considérablement les perspectives de rendement. Une chaleur et une sécheresse excessives peuvent certes peser sur les cultures tout au long de leur cycle de croissance, mais la fréquence de ces phénomènes peut entraîner également des différences de rendement et de production. C’est pourquoi des séries chronologiques sur plusieurs saisons, correspondant à la hauteur globale des précipitations et à la température moyenne enregistrées pendant une semaine, sont générées chaque semaine dans le monde entier. La JAWF est actuellement en mesure de fournir un historique des séries chronologiques depuis 1978 jusqu’à aujourd’hui, pour des analyses comparatives. Ces séries chronologiques, comparées aux normales correspondantes, fournissent un indicateur utile signalant des conditions de croissance favorables ou défavorables. Il est important de souligner que ces analyses temporelles sont également un moyen d’identifier des situations météorologiques identiques sur plusieurs périodes de croissance. Une technique simple mais efficace pour analyser les données agricoles et météorologiques consiste à comparer les mêmes saisons ou périodes de croissance des années passées. Ces comparaisons s’effectuent généralement par le biais de graphiques représentant les données de différentes années, mais correspondant aux mêmes saisons ou périodes de croissance. Une comparaison visuelle de ces graphiques peut révéler des tendances et des modèles en termes de précipitations ou de températures, facteurs particulièrement précieux dans l’analyse agrométéorologique en raison du rôle déterminant que joue l’évolution dans le temps pour définir l’influence des conditions météorologiques sur le rendement et la production. Un autre outil efficace pour déterminer le potentiel de rendement est la comparaison de rangs de centiles, lesquels sont calculés généralement pour des périodes d’archive mensuelles ou saisonnières, permettant aux analystes de dégager des similitudes entre les configurations de températures et de précipitations de plusieurs années. Avec ces informations, il est possible d’identifier les années présentant des rangs similaires afin de déterminer les liens éventuels qui existent entre le rendement des années en question et les phénomènes météorologiques similaires qui se sont produits ces années-là.
Ces cartes servent à identifier les zones où les cultures sont susceptibles de connaître des problèmes liés aux conditions météorologiques, causés par des précipitations ou des températures extrêmes. Elles contribuent également à la qualité et au contrôle des données. La présence de conditions météorologiques anormales déclenchant souvent une alerte précoce à des problèmes potentiels de nature météorologique pour l’agriculture, les analystes de la JAWT doivent posséder des connaissances concrètes du climat d’une région en particulier pour analyser correctement les données et préparer des évaluations exactes. Bien que ces graphiques de températures et de précipitations soient précieux pour les évaluations agrométéorologiques, des analyses complémentaires sont souvent nécessaires pour évaluer de manière approfondie l’impact probable de conditions météorologiques anormales sur la croissance des cultures.
Risque pour le système de commercialisation agricole La production d’aliments et de fibres à l’échelle du globe — du producteur au consommateur final — est soumise à une multitude de risques et d’incertitudes. Une minimisation de l’impact de ces risques permet d’obtenir des avantages économiques et sociaux. Le risque pour l’agriculture se divise globalement en plusieurs catégories (USDA, 2006). Le risque sur le rendement est probablement le risque pour l’agriculture le plus couramment pris en compte car il reflète directement l’impact des conditions météorologiques sur les activités agricoles. Les variations de température et d’humidité sont les principales causes du risque sur le rendement, l’irrigation étant l’une des seules méthodes efficaces pour minimiser l’impact de la chaleur ou de la sécheresse.
Un autre exemple de risque à la plantation concerne le soja en Inde. Une terre consacrée à la plantation de soja peut être considérablement affectée par la période et la persistance de la mousson. Si la mousson commence tôt et si les précipitations restent relativement régulières, la plantation de soja se poursuit souvent au-delà des espérances initiales, entraînant une augmentation de la surface plantée totale et une hausse probable de la production attendue. La volatilité des prix est une autre source importante de risque. Les informations relatives aux prix des produits de base sont cruciales pour les producteurs, les acheteurs et les vendeurs, en amont et en aval de la chaîne d’approvisionnement. Les prix des produits agricoles sont soumis à de brusques fluctuations sur des périodes relativement courtes et sur une zone géographique étendue, en fonction de l’offre et de la demande à la fois au niveau local et au niveau mondial. La présence de conditions météorologiques favorables ou défavorables dans une partie du monde peut générer une incertitude et un risque sur les prix sur des marchés très éloignés. Le risque sur les revenus est l’association des trois types de risque décrits précédemment, plus d’autres facteurs, notamment les variations de prix et de disponibilité des intrants nécessaires à la production. Par exemple, si les producteurs du sud du Brésil préfèrent utiliser une variété particulière de semence de blé qui pousse en Argentine, la disponibilité et le prix de cette semence auront un impact sur les revenus des producteurs de blé brésiliens. L’interdépendance des marchés agricoles à l’échelle du globe favorise la propagation du risque au-delà des marchés locaux. Tout agent économique, à tous les niveaux du système mondial de commercialisation agricole, subit directement ou indirectement au moins l’un des types de risque définis ci-dessus. Une meilleure affectation des ressources grâce à la diffusion d’informations en temps voulu sur l’état des cultures apporte des avantages économiques à tous les acteurs du marché. Un autre exemple de risque est l’impact direct de la sécheresse sur les producteurs de la région touchée. Une baisse de rendement entraîne une baisse de la production de chacun des producteurs, pouvant compromettre leurs revenus. Si la sécheresse est étendue, les niveaux de production nationale risquent de baisser, avec pour conséquence à la fois une hausse des prix et une variation saisonnière atypique de ces prix. Ces deux conséquences influent sur les décisions des producteurs quant à la quantité et au délai d’écoulement des produits nécessaires à optimiser leurs revenus. Les producteurs situés en dehors de la région immédiatement touchée par la sécheresse en subissent aussi les conséquences. Les décisions prises par ces producteurs influencent au final l’offre et la demande de soja, tout d’abord sur les marchés locaux mais aussi et enfin sur les marchés mondiaux. Comme la sécheresse affecte le niveau et les variations saisonnières des prix, sans influer toutefois sur les niveaux de production des producteurs situés en dehors de la zone géographique touchée par la sécheresse, ces producteurs ont la possibilité d’optimiser leurs revenus en profitant de la hausse des prix due à la sécheresse. La sécheresse influe certes sur les variations saisonnières des prix, entraînant un écart radical par rapport à une situation normale, mais les producteurs doivent aussi tenir compte des délais d’écoulement pour optimiser leurs revenus. L’activité d’entreposage des céréales peut également être touchée par la sécheresse, les conséquences dépendant du lieu où se trouvent les installations d’entreposage. Pour celles qui sont situées dans la région touchée par la sécheresse, le problème principal est de savoir si le volume des récoltes sera suffisant pour exploiter pleinement ces installations. Pour celles situées dans des régions du pays qui ne sont pas touchées directement par la sécheresse, le problème est celui du délai. Alors qu’il existe un volume suffisant pour utiliser efficacement la capacité d’entreposage, la sécheresse a des conséquences sur le niveau et la structure de la trésorerie et des prix à terme et sur la manière dont ceci affectera le délai d’écoulement optimal. Le système de transport de céréales, comme le système d’entreposage, optimise ses revenus en fonction du volume de céréales. Pour le transport ferroviaire, l’un des principaux pro-blèmes est la mise à disposition d’automotrices pendant la saison des récoltes et les mois qui suivent. La demande d’automotrices peut diminuer dans une région frappée par la sécheresse et augmenter dans les régions du pays qui ne sont pas directement touchées. La hausse de la demande dans les régions productrices non touchées peut provenir de producteurs et d’exportateurs nationaux d’huile de soja, ces entreprises cherchant à répondre aux besoins du marché. Les services de transport maritime sont touchés de la même manière que le transport ferroviaire. Les barges et navires de haute mer risquent d’être moins demandés en raison de la réduction des approvisionnements en soja et d’une hausse des prix susceptible de réduire la demande. Les bénéfices et les recettes des entreprises assurant le transport maritime des céréales sont donc davantage compromis. Les disponibilités mondiales en soja sont réparties à peu près équitablement entre l’hémisphère Nord et l’hémisphère Sud, si bien qu’une sécheresse survenant dans l’hémisphère Nord entraînerait selon toutes probabilités un ajustement des disponibilités mondiales six mois plus tard. L’Amérique du Sud assure plus de 50 % des disponibilités exportables en soja, huile et farine de soja. Lorsque les disponibilités mondiales sont perturbées en raison d’une sécheresse sévissant dans le Midwest américain, les prix grimpent sur les marchés mondiaux. Cette hausse de prix est, pour les producteurs sud-américains, le signal qui déclenchera une extension des terres dédiées au soja lors des périodes de plantation à l’automne suivant la sécheresse. Une hausse de la production sud-américaine entraîne une hausse des exportations de soja et de produits provenant de l’hémisphère Sud et donc un changement dans la demande de services d’entreposage et de transport dans cette région. Pour fonctionner efficacement, le système de commercialisation agricole tout entier doit disposer d’informations fournies en temps voulu sur le développement des cultures. Ces informations exactes et rapides apportent des avantages économiques aux producteurs comme aux consommateurs. La fourniture de ces informations si importantes repose sur les évaluations des effets météorologiques, réalisées par la JAWF du WOAB.
ConclusionLe risque et l’incertitude touchent tous les aspects du système de commercialisation de produits de base agricoles, du producteur au consommateur final. Le risque sur le rendement et le risque sur le prix, liés aux conditions météorologiques, se traduisent en un risque sur les revenus sur les marchés agricoles du monde entier. Des informations exactes, rapides, cohérentes, objectives et à large diffusion, résultant de l’analyse de l’impact des conditions météorologiques sur le rendement des cultures, améliorent la rentabilité et apportent des avantages socio-économiques aussi bien aux producteurs agricoles qu’aux consommateurs.
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