| Juillet 2007
L’aménagement des ressources en eau pour lutter contre les crues et la sécheresse en Inde par S.K.Das1, Ramesh Kumar Gupta2 et Harish Kumar Varma2
Introduction L’eau est indispensable au développement durable des sociétés humaines et au bon fonctionnement des écosystèmes. Les réserves d’eau douce sont cependant limitées. Elles ne constituent que 2,7 % d’un volume total estimé à 1,4 milliard de km3. De plus, seule une fraction est exploitable, car la majeure partie compose une couverture de neige permanente ou se trouve dans des aquifères profonds. L’Inde abrite 16 % de la population du globe et produit 15 % du bétail mondial, sur un territoire qui n’occupe que 2,4 % des terres émergées et ne renferme que 4 % des ressources en eau de la planète. Les précipitations annuelles s’élèvent à 4 000 km³ environ, dont les trois quarts surviennent sous forme de pluie lors d’une courte période de mousson, de juin à septembre. La répartition des ressources en eau est très inégale dans le temps et dans l’espace. Le potentiel annuel est estimé à 1 869 km³ en moyenne mais, en raison de facteurs hydrologiques, topographiques et géologiques, il n’est possible d’exploiter que 690 km³ d’eaux de surface par les techniques classiques de stockage et de dérivation. L’apport dans les nappes souterraines est de 433 km³ par année. Les crues et la sécheresse constituent deux graves problèmes en Inde, comme nous le verrons dans les paragraphes qui suivent.
Les conditions de crue et de sécheresse Ces conditions aujourd’hui courantes constituent une réelle menace par leur coexistence même. Il est impossible de les éliminer totalement mais on peut les gérer, par exemple en dirigeant une partie des eaux de mousson vers des zones de déficit hydrique. Ce genre de mesure accroît les possibilités d’irrigation, augmente la production d’électricité et aide à atténuer les disparités régionales. La répétition des périodes de sécheresse et de famine pendant la deuxième moitié du XIXe siècle a nécessité la mise en place de systèmes d’irrigation pour préserver les récoltes et alléger la charge constituée par les secours alimentaires.
Les crues en IndeLe pays est exposé à des crues récurrentes. Il peut arriver que certaines régions subissent des inondations dévastatrices alors que d’autres souffrent de la sécheresse, parce que leurs régimes pluviaux et climatiques sont différents. La croissance démogra- Une inondation survient lorsque les berges d’une rivière ne peuvent plus contenir les grands volumes d’eau qui s’écoulent des bassins situés en amont après de fortes pluies. Le phénomène est aggravé par différents facteurs: érosion et envasement du lit des cours d’eau qui réduisent la capacité d’écoulement, tremblements de terre et glissements de terrain qui modifient le cours des rivières et bloquent le passage de l’eau, crue simultanée dans un fleuve et ses affluents, déversement retardé imputable à la marée, empiétement sur les plaines d’inondation et expansion anarchique des zones urbaines. De plus, certaines parties de l’Inde, notamment les zones côtières de l’Andhra Pradesh, de l’Orissa, du Tamil Nadu et du Bengale occidental, sont balayées par des cyclones tropicaux souvent accompagnés de précipitations intenses à l’origine d’inondations.
Zones inondablesLa Commission nationale de gestion des crues (Rashtriya Barh Ayog) a estimé en 1980 qu’un huitième du territoire était susceptible d’être inondé, soit 40 millions d’hectares. Pour sa part, le Groupe de travail sur le programme de maîtrise des crues, établi par la Commission de planification pour le dixième Plan quinquennal, a fixé ce chiffre à 45,64 millions. Environ 80 % des terres inondables, soit 32 millions d’hectares, pourraient bénéficier d’un certain degré de protection.
Dégâts causés par les inondationsL’une des pires conséquences des crues, outre les pertes humaines et matérielles, est le sentiment d’insécurité dans lequel vivent les habitants des plaines d’inondation. Il s’agit de la catastrophe naturelle que craint le plus l’humanité, en raison de ses terribles conséquences: souffrance des sinistrés, perte de milliers de foyers, propagation des maladies, impossibilité de se procurer les produits de base et manque de médicaments. D’importants dégâts sont survenus lors des moussons de 1955, 1971, 1973, 1977, 1978, 1980, 1984, 1988, 1989, 1998, 2001 et 2004, comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous. Une carte des zones inondables figure page suivante.
Flood damage
La sécheresse en IndeLa sécheresse est un phénomène récurrent qui est provoqué par l’insuffisance de précipitation pendant une période prolongée (une saison à plusieurs années). Les pluies et l’humidité s’écartent temporairement des valeurs moyennes, ce qui distingue la sécheresse de l’aridité saisonnière ou permanente. Les conditions s’installent progressivement et peuvent durer des mois, des années dans les pires cas, contrairement aux autres catastrophes naturelles. Plus de la moitié du globe risque chaque année d’être confrontée à une telle situation. Pratiquement aucune région climatique n’est à l’abri, même si les zones dans lesquelles les précipitations et l’écoulement varient fortement sont plus vulnérables. La sécheresse est dite météorologique, hydrologique, agricole, etc., selon l’impact principal qu’elle est susceptible d’avoir. Elle affecte des superficies beaucoup plus vastes que tout autre phénomène dangereux, ne se limitant ni aux bassins hydrographiques, ni aux frontières nationales. Une longue sécheresse dégrade les sols, détruit les habitats naturels et perturbe l’ensemble de la vie sociale. Lors de la terrible sécheresse de 1917-1918, la rivière Jhelum, au Cachemire, s’est complètement asséchée. Sur les 328 millions d’hectares qui composent le territoire de l’Inde, 107 millions souffrent de sécheresse, soit près d’un tiers réparti sur plusieurs États. Ces terres, dont 39 % sont cultivables, abritent 29 % de la population totale. L’Inde a subi 22 graves périodes de sécheresse depuis 131 ans. Celle de 2002 a été l’une des plus dures, touchant 56 % du territoire, 300 millions de personnes et 150 millions de têtes de bétail dans 18 États. Le gouvernement a dû débloquer une aide de 4,5 milliards de dollars des états-Unis.
L’aménagement des ressources en eau La population, qui s’élevait à un milliard de personnes lors du recensement de 2001, devrait se stabiliser aux alentours de 1,6 milliard en 2050. La production de céréales vivrières devra alors atteindre 450 millions de tonnes chaque année. Il faudra aussi approvisionner en eau les populations urbaines et rurales et répondre aux besoins de l’élevage, des secteurs industriels et de l’environnement en tenant compte des politiques foncières, de la détérioration des ressources en eau, de l’épuisement des nappes souterraines, etc. Une planification à long terme est nécessaire pour satisfaire de manière durable ces différentes demandes. L’aménagement optimal des maigres ressources en eau du pays est la stratégie qui a été adoptée pour atténuer les effets des conditions de crue et de sécheresse. Après l’indépendance, la planification a surtout consisté à réaliser des projets de retenue des eaux et à agrandir, rénover et moderniser les installations anciennes. La capacité de stockage est à ce jour de 213 milliards de m3, chiffre qui sera porté à 289 milliards après l’achèvement des travaux en cours et auquel devraient s’ajouter 108 milliards selon les projets à l’étude.
Institutions responsablesÀ l’échelon central, c’est le Ministère de l’eau qui est responsable de la mise en valeur, la conservation et la gestion de l’eau en tant que ressource nationale. Il définit pour cela les grandes orientations et procure aux États une assistance technique dans une foule de domaines: irrigation, aménagements polyvalents, recherche et exploitation d’eaux souterraines, mise en valeur des périmètres irrigués, drainage, maîtrise des crues, problèmes de saturation et d’érosion marine, sécurité des barrages et des ouvrages hydrauliques destinés à la navigation et à la production d’électricité. Il supervise également la réglementation et l’aménagement des cours d’eau qui traversent plusieurs États. Ces fonctions sont menées à bien par l’entremise de plusieurs organismes centraux. Le Ministère du développement urbain s’occupe de l’approvisionnement en eau et de l’évacuation des eaux usées des villes, tandis que le Département de l’eau potable, au sein du Ministère du développement rural, se charge de l’approvisionnement en eau dans les campagnes. Le Ministère de l’énergie est responsable des centrales thermiques et hydrauliques. Enfin, la protection du milieu naturel et la lutte contre la pollution relèvent du Ministère de l’environnement et des forêts. La responsabilité première en matière d’utilisation et de protection des ressources en eau revient aux États. Leurs différents ministères et organismes se chargent de la réglementation et du développement dans ce domaine.
La politique nationale de l’eau Le Conseil national des ressources en eau a adopté en avril 2002 une politique nationale sur la planification des projets d’aménagement, la mise en valeur des eaux de surface et souterraines, l’irrigation et la maîtrise des crues. L’irrigation est essentielle pour accroître la production de céréales vivrières. La nouvelle politique prescrit ce qui suit:
Les dispositions de la politique nationale de l’eau adoptée en 2002 sont les suivantes en ce qui concerne la maîtrise et l’atténuation de l’ampleur des crues:
L’irrigation et la lutte contre la sécheresse L’aménagement des vallées est crucial dans un pays dont l’économie repose largement sur l’agriculture, car l’eau et l’énergie sont indispensables à la hausse de la productivité. Dès l’indépendance de l’Inde, les projets de mise en valeur des ressources en eau ont bénéficié d’un degré élevé de priorité au sein de l’aménagement du territoire. La place qu’ils ont occupée dans les plans quinquennaux successifs se justifie par leur contribution à la prospérité du pays. Comme cela a été rappelé plus haut, la sécheresse est la catastrophe naturelle qui affecte le plus grand nombre de personnes dans le monde, et c’est tout particulièrement le cas en Inde. Il est impossible de la prévenir totalement mais certaines conséquences peuvent être évitées par une préparation soigneuse. Les situations de sécheresse ont des aspects climatiques (diminution des précipitations) et des aspects économiques (manque d’eau). Dans les efforts qu’ils déploient pour lutter contre ce phénomène, les gouvernements cherchent surtout à faire baisser la demande, même s’il est parfois possible d’influer sur les aspects climatiques. Pour être efficace, la stratégie adoptée doit avoir un objectif clair, associer les parties concernées, être dotée de ressources suffisantes, déterminer les groupes menacés, intégrer la science et la technologie et comporter un bon programme d’éducation. Il est important d’en diffuser les grandes lignes et d’inviter le public à s’exprimer sur la question. Les mesures d’atténuation des effets à plus longue échéance prévoient généralement la constitution de réserves dans le sol et en surface, la combinaison de petits et de grands réservoirs, un aménagement planifié des bassins hydrographiques, le transfert d’eau entre bassins, etc. Enfin, l’adaptation à long terme exige que des plans de gestion des ressources naturelles à l’échelle locale soient élaborés et mis en œuvre par une approche participative, en tirant pleinement parti des connaissances traditionnelles.
On le voit, l’action à engager est axée sur l’aménagement, la répartition et la distribution des ressources existantes et sur la définition des priorités quant aux différentes utilisations. Les moyens les plus couramment employés pour lutter contre la sécheresse et promouvoir le développement sont les suivants:
Un grand nombre de projets de toutes tailles ont été exécutés depuis une soixantaine d’années. Le potentiel d’irrigation de l’Inde est passé de 23 millions d’hectares environ en 1951 à 102 millions en 2006. Le pays subvient désormais à ses propres besoins en céréales vivrières, avec une production de 212 millions de tonnes, contre 51 millions de tonnes à l’époque. La superficie cultivable est estimée à 186 millions d’hectares, dont 142 millions sont effectivement mis en valeur. On pense qu’en raison de la pression foncière exercée par la croissance démographique et l’industrialisation, la superficie cultivée se stabilisera aux alentours de 140 à 145 millions d’hectares. L’irrigation permettant d’accroître la productivité, il est impératif d’étendre cette pratique pour satisfaire la demande future de produits alimentaires et de fibres végétales. D’énormes progrès ont été réalisés grâce aux efforts soutenus accomplis à ce jour, mais il reste beaucoup à faire pour que toute la population ait accès à une eau de qualité en quantité suffisante. Les difficultés sont amplifiées par divers problèmes surgis ces dernières années.
La gestion de la sécheresseLa production agricole d’été dépend de la quantité et de la répartition des pluies, mais la mousson est un phénomène irrégulier et incertain en Inde. Les situations suivantes peuvent se présenter:
Diverses mesures doivent être constamment en place pour faire face à l’une ou l’autre de ces situations:
Mesures prisesEntre 1900 et 2002, la sécheresse a ôté la vie à 2 750 430 personnes en Inde, a touché 900 millions d’habitants et a entraîné d’immenses pertes financières. La lente progression et la gravité du phénomène ont conduit le gouvernement à attaquer le problème sous plusieurs angles — scientifique, technique, économique, social et environnemental. Voici quelques-unes des initiatives qui ont été lancées par les pouvoirs publics:
Le programme de gestion des risques de sécheresse qui est en cours d’élaboration mettra à profit les enseignements tirés du programme précédent pour réduire la vulnérabilité des populations grâce à des approches communautaires, une bonne gestion des risques et de meilleurs outils d’aide à la décision au niveau des États et des districts.
La gestion des cruesL’action engagée dans ce domaine peut avoir les buts suivants:
Les mesures prises jusqu’à présent visaient surtout à modifier les caractéristiques des crues par des moyens physiques (méthodes structurales), afin que les eaux n’atteignent pas certains centres, et à réduire les risques de dommages grâce à l’alerte précoce.
Méthodes structuralesLes moyens ci-après sont souvent mis en œuvre pour assurer une protection contre les crues:
La méthode la plus courante est l’endiguement, qui présente l’avantage de pouvoir être réalisé rapidement avec de la main-d’œuvre et des matériaux locaux. Les grands projets de ce type entrepris après l’indépendance concernaient les rivières Kosi et Gandak (dans le Bihar), le Brahmapoutre (dans l’Assam), le Godavari et la Krishna (dans l’Andhra Pradesh), le Mahanadi, le Brahmani, les rivières Baitarni et Subarnarekha (dans l’Orissa) et le Tapi (dans le Gujarat). Ce genre d’ouvrage est important car il protège assez bien les zones vulnérables. Étant donné que les réservoirs ont une grande capacité de retenue et de régulation de l’écoulement en aval, on a cherché à intégrer la maîtrise des crues dans la conception de barrages propres à remplir plusieurs fonctions. Des réservoirs comportant une marge pour les hautes eaux ont été construits sur le réseau du Damodar (dans le Jharkhand) et aux barrages d’Hirakud et de Rengali (dans l’Orissa). Beaucoup d’autres grands ouvrages de retenue, tel le barrage de Bhakra, contribuent également à modérer les crues malgré l’absence de marge spéciale. De nombreux projets visant à accroître la production de nourriture et d’énergie, assurer l’approvisionnement en eau potable, développer la pêche, créer des emplois, atténuer l’ampleur des crues, etc., ont été menés à bien au cours de la période qui a suivi l’indépendance: réservoirs de la Damodar Valley Corporation, aménagement de Bhakra-Nangal, barrage d’Hirakud, ouvrages de Nagarjuna Sagar, etc. Ces grands travaux ont réduit sensiblement les dommages causés par les inondations. L’efficacité des barrages a été amplement démontrée par l’aménagement de la vallée du Damodar, dont l’un des objectifs était de réduire l’ampleur des crues. Les quatre réservoirs construits à cet endroit ont permis d’éviter une terrible catastrophe humaine et matérielle pendant la mousson de 2000. En 2005, on avait construit au total 34 398 km de digues et 51 318 km de canaux de drainage. De plus, 2 400 ouvrages de protection des villes étaient achevés et 4 721 villages se trouvaient désormais au-dessus du niveau de crue. Malgré la rupture de digues pouvant survenir de temps à autre, ces travaux protègent de manière suffisamment efficace 16,5 millions d’hectares de terre.
Méthodes non structuralesElles comprennent les mesures suivantes:
Les paragraphes qui suivent décrivent brièvement la plus importante de ces mesures, à savoir la prévision, et les progrès réalisés dans ce domaine.
Prévision et avis de crueParmi les méthodes non structurales de réduction des risques de dommages, la prévision et l’avis de crue bénéficient d’un intérêt accru des aménageurs et d’un appui constant du public, car elles permettent de savoir à l’avance le moment où la rivière sortira de son lit, ainsi que l’ampleur et la durée de l’inondation. La Commission centrale de l’eau a mis sur pied un système de prévision et d’avis pour l’ensemble du territoire, dans le cadre de la stratégie privilégiant les mesures non structurales. Tout a commencé à petite échelle, en 1958, lorsque la Commission centrale de l’eau, établie à New Delhi, s’est dotée d’un service de prévision des crues pour la rivière Yamuna à Delhi. Le système en place aujourd’hui englobe la plupart des bassins hydrographiques inter-États susceptibles d’être inondés. La Commission diffuse les prévisions de crue établies à partir de 173 stations, dont 145 surveillent la hauteur des rivières et 28 le débit entrant. Quelque 6 000 prévisions sont ainsi émises chaque année, le chiffre record de 7 943 ayant été atteint en 1998. L’exactitude était satisfaisante à 96 % selon les critères fixés par la Commission, c’est-à-dire que l’écart entre la hauteur prévue et réelle des eaux n’excédait pas ±15 cm ou que l’écart entre le débit prévu et observé ne dépassait pas ±20 %. Les populations établies dans des zones inondables doivent donc beaucoup aux services de prévision et d’avis de crue.
Modernisation des services de prévisionLa Commission centrale de l’eau s’emploie à actualiser et moderniser constamment ses services de manière que les prévisions de crue soient plus précises, plus utiles et diffusées plus rapidement. Diverses activités sont conduites dans ce but, dont:
La gestion des catastrophes L’histoire de l’Inde a toujours été marquée par les catastrophes naturelles, en raison de conditions géoclimatiques particulières. Crues, sécheresse, cyclones, séismes et glissements de terrain sont ici récurrents. Des tremblements de terre d’intensité variable peuvent toucher 60 % de la masse continentale, les crues ensevelir plus de 45 millions d’hectares, les cyclones balayer 8 % du territoire et la sécheresse affecter 68 % de la superficie totale. En moyenne, 4 344 personnes ont perdu la vie chaque année entre 1990 et 2000 et 30 millions ont été touchées par une catastrophe d’un type ou l’autre. Les pertes de biens privés, communautaires et publics ont atteint des chiffres astronomiques. Depuis deux ans, le gouvernement a profondément modifié sa manière d’aborder la gestion des catastrophes. La nouvelle optique découle de la conviction que le développement doit intégrer l’atténuation des effets des catastrophes pour être viable. Par ailleurs, les mesures d’atténuation doivent être multidisciplinaires, englobant tous les secteurs de développement. La nouvelle politique repose également sur l’idée qu’il est beaucoup plus rentable d’investir dans l’atténuation que de débloquer des fonds pour les secours et le relèvement. Le cadre politique national accorde une grande place à la gestion des catastrophes, car ce sont les pauvres et les moins nantis qui sont les plus durement touchés. Les mesures en cours visent à concrétiser l’approche décrite plus haut. Un cadre national d’action contre les catastrophes a été formulé, qui comprend des mécanismes institutionnels, une stratégie de prévention, des systèmes d’alerte précoce, des plans de préparation, d’atténuation et d’intervention, ainsi que des activités de mise en valeur des ressources humaines. Il précise également les moyens à mettre en œuvre, les domaines d’intervention et les organismes responsables à l’échelle de la nation, des États et des districts. L’action engagée par l’ensemble des organismes et parties concernées s’appuie désormais sur une stratégie commune.
Le cadre politique et institutionnel Les mécanismes nécessaires pour intervenir rapidement, secourir les sinistrés et lancer les travaux de relèvement sont bien établis depuis l’indépendance. Ils se sont avérés solides et efficaces. À l’échelon national, le Ministère de l’Intérieur coordonne toutes les questions touchant à la gestion des catastrophes. Dans ce cadre, le Commissaire central aux opérations de secours est le principal responsable de la coordination des interventions d’urgence en cas de catastrophe naturelle. Il reçoit constamment des prévisions et avis du Service météorologique national ou de la Commission centrale de l’eau, qui relève du Ministère des ressources en eau.
Comité national de gestion des crisesLe Comité national de gestion des crises est dirigé par le Secrétaire du Cabinet, qui est le plus haut administrateur exécutif de l’État. En sont membres les secrétaires de l’ensemble des ministères et départements concernés, ainsi que les organismes compétents. Le Comité donne des instructions au Groupe de gestion des crises. Pour sa part, le Secrétaire du Ministère de l’Intérieur veille à ce que toutes les informations voulues soient transmises sans délai au Comité. Ce dernier peut exiger que n’importe quel ministère, département ou organisme prenne des mesures précises pour faire face à la situation.
Groupe de gestion des crises
Centre des interventions d’urgenceLe Centre des interventions d’urgence relève du Ministère de l’Intérieur. En service 24 heures sur 24, il seconde le Commissaire central aux opérations de secours dans ses fonctions. Le Centre recueille et diffuse des renseignements sur la catastrophe et sur les secours dispensés, est en contact étroit avec les gouvernements des États touchés, interagit avec les autres ministères, départements et organismes centraux relativement au déroulement des opérations, tient un recueil de tous les agents d’intervention et de liaison dans les ministères centraux et met à jour les renseignements voulus sur tous les fonctionnaires concernés au sein du gouvernement central et des États.
Plan d’intervention d’urgenceLe gouvernement indien a adopté un plan national sur les interventions à mener après une catastrophe naturelle. Régulièrement mis à jour, il facilite et accélère le lancement des opérations, spécifie les mesures que doivent mettre en œuvre les différents ministères et départements centraux, définit les procédures à suivre et précise quels sont les organes de liaison au sein de l’appareil administratif.
Manuels de secoursChaque État détient son propre manuel de secours qui énumère les tâches que doit accomplir chaque responsable à la suite d’une catastrophe naturelle. Les documents sont revus et actualisés régulièrement, selon les enseignements tirés des événements passés et les besoins de chaque État.
Mécanismes de financementLes règles et mécanismes de financement mis en place pour porter assistance aux personnes sinistrées sont clairement établis. Ils sont revus par la Commission des finances, que nomme le gouvernement national tous les cinq ans. La Commission émet des recommandations sur la répartition des recettes fiscales et autres entre le gouvernement central et celui des États, ainsi que sur la politique d’assistance et la part des dépenses qui revient à chacun. Un fonds spécial de secours en cas de catastrophe a été mis sur pied dans chaque État, selon les recommandations formulées par la onzième Commission des finances. L’ampleur du fonds a été fixée en considérant les dépenses qui avaient été affectées aux opérations de secours et de redressement ces 10 dernières années.
Prévision des cyclonesLes cyclones tropicaux sont de puissantes dépressions qui se forment au-dessus de la mer quand les eaux sont chaudes. Quatre à cinq fois plus fréquents dans le golfe du Bengale que dans la mer d’Oman, ils peuvent causer d’immenses dégâts par les vents violents, les fortes pluies et les ondes de tempête qui les accompagnent. Environ 35 % des perturbations qui naissent dans le nord de l’océan Indien se transforment en cyclones tropicaux, dont 45 % sont violents. Le Service météorologique national suit ces phénomènes et diffuse les alertes. Les techniques de télédétection ont révolutionné les opérations de surveillance. Un système d’analyse et de prévision de l’intensité des cyclones tropicaux procède à l’interprétation d’images satellite pour faciliter la prévision des ondes de tempête. La météorologie satellitaire a permis de réaliser des progrès considérables dans ce domaine.
Études de cas — Aménager les ressources en eau pour mieux gérer les situations de crue et de sécheresse La construction de barrages et de réservoirs a grandement aidé à réduire l’ampleur des crues et à atténuer les effets de la sécheresse. Nous étudierons ici deux aménagements de ce type.
Le réservoir d’HirakudLe barrage d’Hirakud a été construit sur le Mahanadi à une quinzaine de kilomètres en amont de la ville de Sambalpur, dans l’État d’Orissa. C’est le premier grand projet polyvalent d’aménagement des vallées à avoir été réalisé en Inde après l’indépendance. L’ouvrage permet d’irriguer 155 635 ha de terres en été (kharif) et 108 385 ha en hiver (rabi). De plus, l’eau qui traverse la centrale hydroélectrique sert à irriguer 436 000 ha de zones arables contrôlées dans le delta du fleuve. La puissance de la centrale est de 307,5 MW. Le réservoir protège 9 500 km² de terres dans le delta. Sa capacité brute est de 8 105 millions de mètres cubes environ, celle de l’évacuateur atteint 4 595 m³/s. Le réservoir d’Hirakud ne comporte pas de réserve pour les crues. Pendant la mousson, la capacité totale d’accumulation sert à retenir les hautes eaux avant que celles-ci ne soient relâchées pour irriguer les terres et produire de l’électricité. Le barrage devait simplement protéger le delta des crues d’ampleur ordinaire. Cette région a subi des inondations dévastatrices en 1834, 1855, 1866, 1872, 1933 et 1937. Le réservoir a permis de dompter en bonne partie le gonflement des eaux du Mahanadi pendant la mousson. Au cours des 90 années précédant les travaux, soit entre 1868 et 1957, de grandes crues se sont formées à 27 reprises dans le delta, contre sept seulement entre 1959 et 1998. Une pointe de crue excédant le chiffre catastrophique de 33 980 m³/s se serait formée dans le cours supérieur du delta 19 fois sur 24 en l’absence de barrage, alors que cette valeur n’a été dépassée que cinq fois grâce à l’effet modérateur du réservoir d’Hirakud. L’ouvrage a donc permis d’atténuer l’ampleur des crues de 10 à 30 %.
Le barrage de BhakraCet aménagement comprend un barrage haut de 225,55 m érigé sur la rivière Sutlej, un réservoir d’une superficie de 168,35 km² à pleine capacité, des milliers de kilomètres de canaux et plusieurs ouvrages de dérivation entre bassins. La capacité brute du réservoir s’établit à 9 621 millions de m3, celle de l’évacuateur à 8 512 m³/s. La centrale produit 1 354 MW d’électricité. Le barrage a été construit entre 1947 et 1963. Il assure l’irrigation de 2,8 millions d’hectares de terres dans les États du Punjab, d’Haryana et du Rajasthan. On envisage d’étendre les capacités d’irrigation et de production hydroélectrique de cet aménagement, qui a contribué de manière spectaculaire à l’essor économique de la région. Des déserts sont devenus fertiles grâce aux eaux du réservoir qui sont acheminées par le canal du Rajasthan. L’explosion de la production agricole survenue au Punjab et dans l’Haryana à la fin des années 60 et pendant les années 70 est due au barrage de Bhakra, qui a porté la superficie irriguée de moins de 0,8 million d’hectares à 5,5 millions environ. L’ouvrage a permis à l’Inde de sortir de la dépendance vis-à-vis de l’aide alimentaire étrangère et de subvenir à ses propres besoins en la matière. Ce projet, qui est pratiquement devenu une légende nationale, est souvent cité pour défendre les grands travaux d’irrigation par la construction de barrages. Il produit chaque jour 7 000 millions d’unités d’électricité offertes à un prix abordable. Les barrages de Bhakra et de Beas n’ont pas été construits dans le but précis de réduire l’ampleur des crues mais ils le font de manière très efficace en absorbant les plus hautes eaux, comme le montrent ci-après les valeurs des débits entrants et sortants. Ces chiffres montrent que les réservoirs de Bhakra et de Pong ont sensiblement contribué à atténuer les crues, même si le barrage de Bhakra n’a pas été conçu précisément dans ce but.
ConclusionsL’Inde doit avoir une vision équilibrée de son propre développement. Des projets d’irrigation ont été réalisés tout au long de son histoire. Après l’indépendance, le gouvernement a accordé la priorité absolue à l’irrigation, dans le souci de remédier au grave déficit alimentaire et de réduire les importations de céréales vivrières. Des travaux d’aménagement des vallées de plus ou moins grande envergure ont débuté sur tout le territoire dans le cadre de programmes de mise en valeur des eaux souterraines et des eaux de surface. L’adoption de la politique nationale de l’eau a instauré une communauté de vues sur la planification, le développement et la gestion des ressources en eau.
Il est impératif d’aménager les fleuves et les rivières pour irriguer les terres, produire de l’électricité et maîtriser les crues de manière durable. Un tiers environ des zones inondables bénéficient désormais d’une certaine protection. Malgré les lourds investissements qui ont été réalisés dans la maîtrise des crues, la lutte contre les inondations et la conservation des bassins versants, aucune solution ne saurait offrir de protection complète. Les marges créées dans les réservoirs et l’endiguement sont efficaces contre les crues récurrentes et permettent d’éviter de terribles dommages. Les prévisions établies par la Commission centrale de l’eau sont également très utiles pour réduire les pertes humaines et matérielles. Il est nécessaire, pour lutter contre les crues et la sécheresse, d’exploiter pleinement les installations déjà en place et de réaliser sans tarder de nouveaux aménagements qui aideront à surmonter les conditions de crise. Le Gouvernement indien a lancé récemment un vaste programme intitulé «Bharat Nirman». Il doit permettre en quatre ans (2005-2009) d’irriguer 10 millions d’hectares supplémentaires en exécutant de manière continue des projets de grande et de moyenne envergure visant à moderniser, réparer, restaurer et agrandir les ouvrages de mise en valeur des cours d’eau et des nappes phréatiques. Note: Les points de vue exprimés dans ces pages sont ceux des auteurs et n’engagent nullement la Commission centrale de l’eau.
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