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| Avril 2008
Principales conclusions du GIEC sur les effets de l’évolution du climat et les mesures d’adaptation par Martin Parry1, Osvaldo Canziani1 and Jean Palutikof2
Introduction La partie du quatrième Rapport d’évaluation du GIEC qui traite des conséquences, de l’adaptation et de la vulnérabilité (GIEC 2007a)) analyse trois grandes questions: les effets de l’évolution du climat que l’on peut observer aujourd’hui, les répercussions que les changements projetés risquent d’avoir sur différents secteurs et régions et les mesures qu’il est possible de prendre pour contrer ces impacts. Les 12 conclusions de fond exposées dans le rapport sont résumées ici.
1. Les impacts des changements climatiques sont déjà perceptibles Le quatrième Rapport d’évaluation du GIEC consacre un chapitre entier aux impacts qu’il est possible d’observer et de mesurer, ce qui n’était pas le cas des documents précédents. L’équipe chargée de la rédaction de ce chapitre a examiné plus de 29 000 séries de données d’observation et a noté que 89 % des tendances révélées concordaient avec le réchauffement. Il reste difficile de dresser un tableau d’ensemble car la plupart des données concernent les terres, plutôt que les océans, et se concentrent sur l’Europe et l’Amérique du Nord. On peut néanmoins conclure que, dans le monde entier, les systèmes naturels sont touchés par les changements du climat régional, en particulier par la hausse des températures, et que ce réchauffement est très probablement dû aux émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique.
Tout indique que le réchauffement récent du climat perturbe profondément les écosystèmes terrestres, entre autres le caractère hâtif des phénomènes printaniers (apparition des feuilles sur les arbres, migration des oiseaux, ponte des œufs) et le déplacement de l’aire de répartition d’espèces animales et végétales. Dans les océans, surtout aux hautes latitudes, on observe un déplacement des aires de répartition et une modification de l’abondance d’algues, de plancton et de poissons. 2. Il est maintenant possible de cerner les principaux impacts et les zones les plus vulnérables Les nombreuses études réalisées depuis le troisième Rapport d’évaluation du GIEC (2001), notamment dans les régions où peu de recherches avaient été conduites jusque-là, permettent de mieux comprendre pourquoi le moment d’apparition et l’étendue des répercussions dépendent des changements climatiques et de l’élévation du niveau de la mer qui sont associés à l’ampleur et au rythme de la hausse de la température moyenne à l’échelle du globe. Les principales conclusions de ces travaux sont récapitulées dans les figures 2 et 3. L’équipe de rédaction du GIEC a déterminé les systèmes, secteurs et régions qui risquent de souffrir le plus des effets des changements climatiques.
Les systèmes et secteurs les plus vulnérables sont les suivants:
Quant aux régions les plus vulnérables, ce sont:
Dans les autres régions du globe, même les plus riches, des segments particuliers de la population (par exemple, les pauvres, les jeunes enfants et les personnes âgées), tout comme certaines zones et activités, risquent d’être gravement menacés.
3. La fréquence et l’intensité accrues des phénomènes météorologiques extrêmes, l’évolution du climat et l’élévation du niveau de la mer auront très vraisemblablement des impacts Certains phénomènes météorologiques tels que les vagues de chaleur, les tempêtes et la sécheresse, qui peuvent avoir de graves répercussions, devraient être plus fréquents, plus largement répandus et, parfois, plus intenses. C’est ce que conclut le quatrième Rapport d’évaluation du GIEC, avec plus d’assurance que le précédent. Les impacts devraient être globalement néfastes (réduction des ressources en eau disponibles, perte de récoltes, augmentation des risques de maladie, en particulier celles transmises par les insectes, etc.). Par exemple, on estime que l’activité cyclonique intense devrait augmenter dans les tropiques au XXIe siècle. Il faut donc s’attendre à ce que des événements tel l’ouragan Katrina, qui a balayé la Nouvelle-Orléans en août 2005 et fait quelque 4 000 victimes, surviennent plus souvent à l’avenir (figure 5).
4. Certains événements climatiques de grande ampleur pourraient causer de profonds bouleversements, en particulier après le XXIe siècle Selon le rapport du Groupe de travail I, la fonte complète de l’inlandsis du Groenland, advenant une hausse de 1,9 à 4,6 °C de la température moyenne du globe par rapport à l’époque préindustrielle, pourrait entraîner une élévation du niveau de la mer de sept mètres sur plusieurs millénaires. Quant à la nappe glaciaire de l’Arctique occidental, sa totale disparition se traduirait par une montée des eaux de cinq mètres. Si cela se produisait, les terres de basse altitude seraient largement inondées. Le Groupe de travail II a estimé très improbable que la circulation océanique profonde de l’Atlantique Nord change brusquement au cours du présent siècle (affaiblissement du Gulf Stream), ce qui pourrait entraîner un refroidissement dans le nord-ouest de l’Europe. 5. L’évolution du climat sera globalement préjudiciable Le quatrième Rapport d’évaluation du GIEC énonce clairement que les impacts des changements climatiques seront variables selon les régions, mais néfastes dans l’ensemble. Ils entraîneront des coûts nets dans certaines régions des basses latitudes et des pôles, même si le réchauffement est limité. D’autres régions pourraient être avantagées par une hausse de 2 ou 3 °C des températures, avant que les effets préjudiciables ne s’étendent. Par exemple, il est possible que la culture du blé aux latitudes moyennes et élevées bénéficie d’une élévation des températures de 1 à 3 °C, mais le rendement devrait décroître au-delà (figure 6).
Ces régions étant les greniers de la planète, les conséquences sur le prix des aliments seront âprement ressenties. Le fait que la production agricole constitue une bonne part de la production totale explique la grande incertitude qui est associée aux effets de l’évolution du climat (pertes mondiales de 1 à 5 % du produit intérieur brut pour un réchauffement de 4 °C—conclusion qui vient renforcer celle du troisième Rapport d’évaluation). Il est pratiquement certain, toutefois, que les estimations globales masquent des écarts importants entre les secteurs, régions, pays et populations. Les coûts nets excéderont notablement la moyenne globale à différents endroits et chez plusieurs groupes particulièrement exposés, très sensibles ou peu à même de s’adapter. 6. L’adaptation est nécessaire pour atténuer les impacts du réchauffement rendu inévitable par les émissions passées Le Groupe de travail I a établi que, même si les émissions étaient stabilisées aujourd’hui, la température mondiale augmenterait de 0,6 °C en moyenne d’ici 2100. Qui plus est, certains objectifs de réduction des émissions postulent que la température moyenne du globe s’élèvera encore de 1,5 °C (soit 2 °C de plus qu’à l’époque préindustrielle). Il faudra donc s’adapter à une évolution importante, quelle que soit l’efficacité des efforts que nous déploierons pour atténuer le phénomène. 7. Certaines mesures d’adaptation sont déjà prises, à une échelle limitée, mais elles devront s’intensifier pour réduire la vulnérabilité à l’égard des changements climatiques On constate de plus en plus que l’être humain s’adapte aux effets observés et anticipés de l’évolution du climat. Ainsi, les changements climatiques sont pris en considération dans divers projets d’infrastructure, telle la construction d’ouvrages de protection des côtes aux Maldives et aux Pays-Bas. Mentionnons également la prévention des crues éclairs des lacs glaciaires au Népal, la politique de gestion de l’eau en Australie et la réaction des pouvoirs publics aux vagues de chaleur dans plusieurs pays d’Europe. 8. Plusieurs facteurs sont susceptibles d’amplifier la vulnérabilité face aux changements climatiques La vulnérabilité peut être accentuée par des facteurs qui ne sont pas liés au climat mais qui réduisent la résilience et amoindrissent aussi parfois la capacité d’adaptation, parce que les ressources sont affectées à d’autres utilisations. Ainsi, la baisse de la pluviosité au Sahel a contribué à diminuer la superficie du lac Tchad depuis 30 ans. Un autre élément tout aussi important, cependant, est l’augmentation du captage de l’eau des rivières qui alimentent le lac. Il est donc probable que les changements climatiques et d’autres tendances expliquent le rétrécissement observé (figure 7).
9. La vulnérabilité dépendra de l’évolution du climat mais aussi des modes de développement choisis L’incidence des changements climatiques variera fortement selon les choix effectués en matière de développement socio-économique. De nouvelles études tiennent compte des particularités régionales sur le plan de la population, des revenus et de la technologie, selon différents scénarios. Il est manifeste que le degré de développement influe beaucoup sur la vulnérabilité face aux répercussions des changements climatiques.
10. Le développement durable peut atténuer la vulnérabilité face aux changements climatiques, mais les changements climatiques peuvent nuire à la capacité d’instaurer un développement durable Le développement durable peut réduire la vulnérabilité en renforçant la capacité d’adaptation et la résilience. Pourtant, à ce jour, peu de plans axés sur la viabilité intègrent explicitement l’adaptation à l’évolution du climat ou l’élargissement de la capacité d’adaptation. En revanche, il est très probable que les changements climatiques ralentissent les progrès accomplis sur la voie du développement durable (c’est-à-dire empêchent de réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement), que ce soit directement, par l’exposition aux effets néfastes ou, indirectement, par l’affaiblissement de la capacité de s’adapter. 11. Il est possible de diminuer, de différer ou d’éviter de nombreux impacts grâce aux mesures d’atténuation On détient maintenant quelques évaluations des impacts selon plusieurs scénarios de stabilisation des concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre. Bien que ces études ne tiennent pas parfaitement compte des incertitudes touchant les conditions climatiques projetées, elles donnent une idée des dommages qui pourraient être évités ou de la réduction des vulnérabilités et des risques qui serait possible en fonction de l’ampleur du recul des émissions. 12. En conclusion, il convient de combiner les mesures d’adaptation et d’atténuation pour faire face à l’évolution du climat, mais nous manquons d’informations sur les coûts et les avantages de l’adaptation Même les mesures d’atténuation les plus rigoureuses ne permettront pas d’éviter toutes les conséquences de l’évolution du climat dans les prochaines décennies. Nous commençons déjà à en voir certaines. L’adaptation est une nécessité, surtout pour parer aux répercussions à court terme. En revanche, notre capacité d’adaptation serait sans doute dépassée à longue échéance si l’évolution du climat se poursuivait au même rythme.
Bibliographie GIEC, 2007a): Climate Change 2007: Impacts, Adaptation and Vulnerability. Contribution du Groupe de travail II au quatrième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (sous la direction de M.L. Parry, O.F. Canziani, J.P. Palutikof, P.J. van der Linden et C.E. Hanson). Cambridge University Press, Cambridge, Royaume-Uni, 976 p.
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